Éditorial paru dans le bulletin Solidarité agricole de décembre 2019

François Bourassa
François Bourassa
Président de la Fédération de l’UPA-Estrie

La décennie qui s’achève a connu 9 années de croissance économique. Il s’agit d’un des plus longs cycles jamais répertoriés. D’après les experts, l’essoufflement est proche. Peu importe la vigueur de l’économie, se regrouper pour défendre ses intérêts demeure la meilleure façon d’obtenir des gains. Les formules syndicales ou coopératives ne rallient pas tout le monde. Certains, qui sont plus entrepreneurs et individualistes, croient qu’ils obtiendront mieux que leurs voisins. Heureusement, la formule syndicale ou de mise en marché collective est forte au Québec grâce à la législation qui l’appuie. Lorsque 2/3 des producteurs concernés votent pour une mise en commun des efforts de vente d’un produit, la totalité des producteurs de ce produit doit y adhérer.

Cette façon de procéder est toutefois souvent contestée. Domtar, par exemple, conteste la mise en marché collective dans le bois de sciage résineux. Dernièrement, les producteurs de porcs, eux, ont obtenu des gains importants dans la négociation des prix et le maintien de leur mise en marché collective.

La mise en marché collective permet que des fermes laitières soient présentes à la grandeur du Québec en faisant en sorte que le producteur de la Gaspésie paie le même prix pour son transport que le producteur de la Montérégie, situé à 1 km d’une très importante fromagerie. Leur apport à l’économie, au dynamisme et à l’occupation du territoire est indiscutable.

Pour toutes ces raisons, la pérennité de nos outils de mise en marché collective est primordiale. Ils nous nous permettent de retirer notre part de profit à l’intérieur des filières. Malgré 140 milliards $ de contribution au PIB, l’agriculture ne bénéficie pas d’un soutien proportionnel à son apport à l’économie canadienne. De plus, la diminution constante du nombre d’agriculteurs dans un monde de plus en plus urbain contribue à diminuer notre pouvoir politique. Quel constat paradoxal pour un secteur essentiel dont le mandat est de nourrir la population!

La coopération est une autre formule d’organisation en groupe. L’adhésion volontaire rend parfois plus difficile son démarrage. Le modèle connaît néanmoins de grands succès et permet de garder nos entreprises ici tout en partageant les profits entre les coopérants, plutôt qu’à garnir les coffres de quelques actionnaires. Dans le monde agricole, le modèle coopératif est populaire depuis longtemps. Les coopératives de solidarité et de travailleurs, moins connues, sont actuellement en plein développement. L’UPA-Estrie s’est d’ailleurs joint à la coopérative mise sur pied pour racheter le quotidien régional La Tribune. Le regroupement des services de comptabilité et de fiscalité de l’UPA vient aussi d’adopter la formule coopérative pour partager des services communs.

Dans les pays où UPA Développement international intervient, il s’agit souvent de la formule adoptée. Les résultats sont bons, mais pourraient être multipliés si un plus grand nombre de producteurs y adhéraient. Lorsque les paysans représentent 50, 60 voire 70 % de la population, les organisations font face aux craintes des gouvernements qui, malheureusement, préfèrent diviser pour mieux régner.

À plus petite échelle, la famille est aussi une forme de groupe. En cette période de l’année, tradition oblige, nous sommes amenés à socialiser et à partager avec ceux que l’on voit moins souvent. Le monde agricole est reconnu pour ses valeurs familiales. Que la vôtre soit traditionnelle ou reconstituée, je vous souhaite une année 2020 prospère en affaires, mais surtout beaucoup de plaisir et de santé. Pareillement à tous les humains qui composent la grande famille de l’UPA; producteurs, productrices, employés, employées et nombreux partenaires.

François Bourassa
Producteur laitier et acéricole de Valcourt
Président de la Fédération de l’UPA-Estrie