François Bourassa - Président de la Fédération de l’UPA-Estrie
François Bourassa
Président de la Fédération de l’UPA-Estrie

Éditorial paru dans La terre de chez nous en région et dans le bulletin Solidarité agricole

Lorsque j’écris ces lignes, des producteurs, appuyés de tracteurs, bloquent l’accès aux citernes de protéines laitières à l’usine Lactantia de Victoriaville. Trois jours auparavant, à Atlanta, une entente de principe était intervenue dans le cadre du Partenariat transpacifique (PTP).

Les manifestations avaient deux objectifs : que le PTP soit conclu en respectant intégralement la gestion de l’offre (GO) et que l’importation de protéines laitières cesse.

Pour la GO, nous savons maintenant que son intégralité n’a pas été respectée. L’entente entrera en vigueur dans 18 mois environ; soit lorsque les 12 pays l’auront fait adopter par leur parlement respectif.

Le second objectif des manifestations est toujours d’actualité. Espérons que les pressions sur les usines de transformation fassent en sorte que cessent les entrées de protéines laitières qui affectent les prix. Il s’agirait d’une bonne répétition pour les inspecteurs du gouvernement, car le contrôle efficace des frontières deviendra primordial avec l’entrée supplémentaire de produits que permettra le PTP.

Le gouvernement canadien doit adopter la même ligne dure que les États-Unis, notre principal partenaire. Les Américains se disent libre-échangistes, mais les faits démontrent leur fâcheuse tendance protectionniste. Souvenons-nous de la saga sur le bois d’œuvre ou, plus récemment, du dossier de l’identification du pays d’origine de la viande (programme COOL). Nos voisins ont démontré leur mauvaise foi et leur facilité à faire trainer les règlements des conflits commerciaux.

Quelques productions réaliseront des gains grâce au PTP. Je doute toutefois que ces gains dans le secteur agroalimentaire compensent vraiment les pertes encaissées par les productions sous GO.

Les consommateurs aussi y perdront au change. Même les observateurs favorables à l’abolition de la GO ne sont pas certains qu’il y aura baisse de prix. Ils parlent surtout d’une plus grande diversité de produits. Est-ce vraiment nécessaire dans un monde de surconsommation? Sans compter que pour éponger les pertes des producteurs, 4,3 milliards $ vont être pigés dans les poches des mêmes consommateurs. Où est la logique?

C’est aussi l’autonomie alimentaire qui en prend pour son rhume. Déjà, 10 % des produits laitiers sont importés. Dans 5 ans, après la mise en œuvre du PTP et de l’entente Canada-Europe, on en importera 5 à 6 % supplémentaires. Dans 10 ans, nous en serons probablement à près de 20 % de dépendance aux autres pays dans le seul secteur laitier. Imaginez ce qui se passerait en cas de pénurie dans les pays exportateurs! Ne se nourriraient-ils pas en priorité?

Il nous reste l’espoir que les consommateurs canadiens deviennent des citoyens si responsables qu’ils n’achètent que des produits canadiens. J’ai bien le droit de rêver.

Au Québec seulement, si chaque consommateur remplaçait 30 $ d’aliments importés par année par des produits d’ici, le Québec récolterait 1 milliard $ en cinq ans.

Toutes ces négociations sont malheureusement sujettes à dissensions entre producteurs. Il est plus important que jamais de rester forts et unis.

C’est beaucoup plus qu’un slogan!

François Bourassa
Producteur laitier et acéricole de Valcourt
Président de la Fédération de l’UPA-Estrie