L’agriculture québécoise, c’est d’abord et avant tout des hommes et des femmes qui œuvrent avec passion à produire des aliments diversifiés et de qualité. C’est également un des moteurs de l’économie du Québec et plus spécifiquement de la vitalité économique des régions. À cet égard, les quelques chiffres ci-dessous présentent, de façon sommaire, un portrait de l’agriculture québécoise.

Un emploi sur huit est lié au secteur agroalimentaire

En 2011, le Québec comptait quelque 43 920 producteurs et productrices agricoles œuvrant au sein d’environ 29 437 entreprises agricoles (1).

Taille moyenne des entreprises :

  • 114 hectares;
  • 350 608 $ de recettes (2010) (2);
  • 1 594 763 $ d’actifs (2010) (3).

Principales productions (4):

  • Produits laitiers
  • Porcs
  • Céréales et oléagineux
  • Aviculture
  • Bovins et veaux

Pourcentage de la production utilisant la mise en marché collective : 80 % (5)

Ces entreprises ont procuré de l’emploi à près de 58 600 personnes (2010) et vendu des produits pour une valeur de 6,6 milliards de dollars (2009) (6). Ces résultats font de l’agriculture la plus importante activité du secteur primaire au Québec, tant du point de vue économique que de l’emploi.

Les produits de ces entreprises ne sont pas, en général, vendus directement aux consommateurs. Avant d’atteindre cette destination finale, ils passent par un processus de transformation et de distribution qui génère encore plus d’emplois et de revenus dans l’économie. Au total, le secteur agroalimentaire au Québec (agriculture, transformation, commerce de gros et de détail, restauration), c’est quelque 473 100 emplois ou 12 % de l’emploi total. (4)

Le secteur bioalimentaire joue un rôle considérable dans la vitalité économique et sociale de plusieurs régions du Québec. Ainsi, au moins 10 % des emplois dans 14 des 17 régions administratives du Québec lui sont attribuables. (7)

Des investissements annuels de 2,2 milliard de dollars dans l’économie québécoise (2009). En 2010, les investissements dans le secteur de l’agroalimentaire se sont chiffrés à environ 2,2 milliard de dollars, dont 32 % (696,7 M$) directement sur les fermes québécoises. Ce niveau d’investissement annuel est comparable à celui d’un méga projet d’aluminerie comme celui de Bécancour, à la seule différence qu’il est renouvelé chaque année en agriculture. (4)

L’agriculture : un investissement rentable à tous les niveaux

Une importante étude du groupe Éco Ressources Consultants, en collaboration avec M. Maurice Doyon, professeur à l’Université Laval et détenteur d’un doctorat en Économie appliquée de l’Université Cornell, confirmait en novembre 2009 l’importance des retombées économiques directes, indirectes et, pour la première fois, induites de l’agriculture à l’échelle du Québec et de ses régions. Cette étude faisait également la démonstration que les montants consacrés en agriculture constituent un investissement rentable à tous les niveaux, et non une simple dépense. (8)

Agriculture et mondialisation peuvent-elles faire bon ménage?

À l’échelle planétaire, les années 1980, 1990 et 2000 ont été marquées, en agriculture comme dans tous les secteurs de l’économie, par un fort mouvement de libéralisation du commerce.

En 1986, les 123 pays membres du GATT, devenu l’OMC, amorcent la Ronde d’Uruguay; conclue en 1993, elle pave la voie à une économie internationale de plus en plus intégrée. Ce qui n’empêche pas la création ou la consolidation d’autres zones d’échanges et d’accords commerciaux : l’Union européenne (Traité de Maastricht), l’ALÉNA (Accord de libre-échange nord-américain entre le Canada, les États-Unis et le Mexique) et l’Organisation de coopération Asie-Pacifique (APEC). En favorisant les échanges entre les divers pays, ces ententes ont des effets profonds sur les économies de la planète, sur les consommateurs et sur une activité vitale : l’agriculture.

Les consommateurs bénéficient au premier chef des ententes sur le commerce des produits agricoles : accès, peu importe la saison, à une gamme élargie et diversifiée d’aliments provenant des quatre coins du globe, offerts le plus souvent à des prix relativement bas.

Si, en principe, ces ententes ouvrent aux agriculteurs des pays signataires la porte des marchés internationaux, ils mettent aussi en concurrence directe des producteurs et des paysans qui disposent de ressources et de conditions diamétralement opposées. Ainsi, la culture de céréales et l’élevage d’animaux en Afrique subsaharienne et en Amérique du Nord se font dans des conditions climatiques, sociales, économiques, technologiques, environnementales, sanitaires et réglementaires totalement différentes.

Des enjeux colossaux pour l’agriculture québécoise

Pour l’Union des producteurs agricoles et les agriculteurs du Québec – et c’est tout aussi vrai pour les agriculteurs de toutes les régions du monde – la libéralisation tous azimuts du commerce agricole pose des défis colossaux.

Ces défis consistent :

  1. à promouvoir, à mettre en valeur et à vendre les produits d’ici dans un contexte de vive concurrence internationale;
  2. à conserver un pouvoir d’autonomie sur l’agriculture québécoise, ses façons de faire, de produire, de mettre en marché, d’innover, de gérer le territoire, de planifier, etc. dans un contexte de mondialisation effrénée des marchés;
  3. à répondre aux exigences toujours plus grandes – et justifiées – des consommateurs d’ici en matière d’environnement, de biosécurité, de traçabilité, de règles sanitaires, de normes du travail, etc. en leur faisant prendre conscience, cependant, que toutes ces mesures ont un coût, quand c’est d’abord le prix – et non la provenance, l’impact sur l’environnement, ni même la qualité – qui, au premier chef, motive l’achat des aliments;
  4. à défendre les valeurs, la spécificité et les façons de faire de l’agriculture québécoise face à des accords commerciaux internationaux (OMC), continentaux (ALÉNA, Union européenne, etc.) et nationaux, comme l’Accord sur le commerce intérieur (ACI), ratifié à l’automne 2009 par les provinces canadiennes qui donnent priorité au commerce, sans aucune considération pour les agricultures locales ou régionales, les petits agriculteurs, etc.
  5. et enfin, à assurer à celles et ceux qui vivent de l’agriculture des conditions leur permettant d’exercer leur métier décemment et d’en tirer un revenu équitable.

C’est dans ce contexte que nos producteurs évoluent et, avec eux, l’UPA travaille sans relâche pour faire en sorte que l’agriculture d’ici puisse, non pas survivre, mais bien se développer et s’épanouir en sol québécois.

Pour en savoir plus

Véritable fer de lance de l’UPA, la mise en marché collective est directement liée aux valeurs d’équité et de démocratie de l’UPA. Il aura fallu 12 années (de 1944 à 1956) pour que les agriculteurs et agricultrices du Québec obtiennent une loi permettant d’encadrer les relations commerciales entre les agriculteurs et les acheteurs tout en protégeant l’intérêt public : la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche. Un organisme, appelé Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, veille au respect de cette Loi. Son mandat est de favoriser une mise en marché efficace et ordonnée, le développement de relations harmonieuses entre les différents intervenants et la résolution des conflits en tenant compte des intérêts des consommateurs et de la protection de l’intérêt public.

Les avantages de la mise en marché collective

L’avantage fondamental de la mise en marché collective des produits agricoles c’est de permettre une négociation basée sur un nouveau rapport de force agriculteurs/acheteurs afin d’obtenir un prix décent et une juste rémunération des producteurs. En se regroupant, les agriculteurs peuvent se donner un plan conjoint lequel permet d’établir les conditions de production et de mise en marché de leurs produits. Ils en assument collectivement et démocratiquement la gestion et son financement est assuré par les contributions versées par tous les agriculteurs concernés.

Si l’action collective procure un meilleur rapport de force et l’obtention d’un maximum de revenus, elle permet aussi aux agriculteurs de réduire leurs coûts de production et de mieux répondre aux attentes des consommateurs. Elle favorise notamment la création d’outils qui contribuent à l’amélioration de leurs pratiques culturales et de leur gestion.

Les outils de la mise en marché collective

Selon les besoins et la volonté des agriculteurs et agricultrices, ces outils peuvent prendre différentes formes, par exemple : le financement de la recherche, de la promotion, la diffusion de l’information sur les marchés, des normes de qualité et d’innocuité, et des modes de production susceptibles de mieux répondre aux exigences du marché. La Loi permet aussi d’encadrer les négociations et de veiller au respect des conditions de mise en marché, de transport, de prix, de garantie d’approvisionnement et de garantie de paiement. En outre, les producteurs peuvent décider de regrouper les ventes de leurs produits pour obtenir le meilleur prix possible en provenance du marché et répondre plus efficacement aux besoins des acheteurs.

Ils peuvent également opter pour la gestion de l’offre qui est un mécanisme d’ajustement, par réglementation, du volume de production aux besoins du marché. Les consommateurs ont ainsi accès à des produits à prix raisonnables et les producteurs reçoivent une rémunération tenant compte de leurs coûts de production tandis que les transformateurs obtiennent une stabilité de leurs approvisionnements.

À ce jour, plus d’une vingtaine de secteurs de production utilisent les pouvoirs de la Loi pour rendre la mise en marché de leurs produits plus efficace et plus ordonnée et près d’une dizaine d’entre eux gèrent l’offre de leurs produits (ex. : lait, œufs, sirop, lapins, etc.). Dans certains cas, la Loi permet aux producteurs d’aller plus loin et de s’engager collectivement dans la transformation (ex. : abattage et découpe).

Démocratie et équité

La gestion démocratique est la base de la mise en marché collective, un « plan conjoint » doit être approuvé par un référendum auprès des agriculteurs concernés. Une fois adopté, l’ensemble des producteurs y est assujetti. L’équité est aussi une valeur fondamentale de la mise en marché collective, elle s’exprime par des mesures et des conditions de mise en marché équivalentes pour tous et également du côté des acheteurs, tels les délais de paiement, les unités de mesure, etc.

Dans un monde où se disputent des géants de l’industrie, il ne fait aucun doute que la mise en marché collective, comme la pratiquent les agriculteurs et agricultrices du Québec, constitue une des meilleures réponses au phénomène de la concentration.

(1) Statistiques Canada, recensement de l’agriculture 2011
(2) Statistiques Canada, SESA, programmes de données fiscales
(3) Statistiques Canada, SESA, programme d’enquête
(4) Profil sectoriel de l’industrie bioalimentaire au Québec, Édition 2011
(5) Rapport annuel de l’UPA, 2010-2011
(6) Statistiques Canada, recettes monétaires, no 21-011-x
(7) MAPAQ, Livre vert, p.11
(8) Éco Ressources Consultants, novembre 2009