Texte d'opinion publié sur le site de Le Progrès de Coaticook

À la lecture d’un paragraphe qui recommande de réduire sa consommation de viande rouge dans une page Environnement publiée dans Le Progrès de Coaticook du 27 mai (4 habitudes à adopter pour une planète en santé), des producteurs de bovins et de lait de l’Estrie se sont sentis accusés à tort. Bien que nous ne contestions pas l’état mondial de la situation environnementale liée à la production de viande rouge, et que selon des spécialistes de la santé, ceux qui en mangent beaucoup auraient avantage à réduire cette part de leur alimentation, il importe de préciser que le Québec fait beaucoup mieux tant sur le plan environnemental, qu’économique que la moyenne mondiale.

Gaz à effet de serre : Nous lisons parfois que l’agriculture est responsable de 24 % des émissions de gaz à effet de serre. Ces données sont comptabilisées sur une base mondiale et méritent d’être nuancées. Au Québec, l’an dernier, l’agriculture s’est classée 4e secteur émetteur avec 9.6 % (dont 2% pour la production de bœuf). Pour plus d’informations sur les gaz, voici un lien sur la question :

Alimentation : Selon les études produites par les Producteurs de bovins du Québec servant à établir les coûts pour les producteurs, 86 % de l’alimentation des bovins est constituée de produits non comestibles pour les humains qui seraient autrement gaspillés, ou de pâturage.

Eau : Seulement 3 % de l’eau nécessaire à l’élevage de bovins provient de sources d’eau potable. Le reste de l’eau utilisée pour produire le grain ou le foin donné aux animaux ne provient pas de sources d’eau potable qui irriguent des champs. Il s’agit simplement de l’eau de pluie.

Territoire : Les pâturages broutés sont ceux ne pouvant pas produire mieux; en pente, rocailleux ou situés dans des secteurs trop froids. Même en Estrie, région pourtant située au sud du Québec, les périodes sans gel sont un peu courtes (80 à 125 jours par an seulement). Le bovin transforme donc la faible valeur nutritionnelle des pâturages en protéines utiles pour l’humain.

Les protéines végétales ne sont pas toutes produites localement à cause de notre climat nordique. La consommation exclusive de protéines végétales ne ferait inévitablement qu’appauvrir les terres qui devraient être engraissées chimiquement. Les composts ne seraient pas suffisants. L’élevage fait donc partie d’un cercle de production qui fournit un engrais organique indispensable aux productions végétales.

Environnement et bien-être animal : Des normes sévères de bien-être animal, sanitaires ou environnementales, sont appliquées de façon rigoureuse. Au Québec depuis plusieurs années, les producteurs diminuent leur impact sur leur environnement. 

Déforestation : Une importante partie des terres utilisées pour l’élevage des bovins ne pourrait supporter des cultures destinées à l’alimentation humaine. Saviez-vous qu’il y a déforestation massive dans certains pays plus au sud pour la production d’avocats, d’amandes, etc. Au Québec, la déforestation est interdite sauf pour l’agrandissement urbain. Aucun producteur ne peut couper une forêt pour agrandir ses superficies. C’est interdit!

Achat local et développement durable : Consommer un produit local a davantage d’impacts positifs sur notre développement durable et donc de l’économie locale. Les aliments d’origine végétale, surtout en hiver, sont la plupart du temps, importés de pays où les normes environnementales, de bien-être animal, d’équité envers les employés et de salubrité ne sont pas équivalentes à celles du Québec (MAPAQ 2019). Même la définition du bio est plus sévère au Québec qu’ailleurs!

Malgré les embûches, l’agriculture est le premier secteur économique de toute l’Estrie. La preuve en fut démontrée lors de la démarche des Plans de développement de la zone agricole (PDZA) pilotés par le MAPAQ. L’Estrie compte sur 1 980 producteurs et productrices de bovins propriétaires de 1 039 fermes. Ce nombre inclut les 465 fermes laitières qui envoient aussi leurs vaches de réforme et leurs veaux à l’abattoir pour production de viande.

Finalement, la région fait bonne figure en matière d’agroenvironnement. Beaucoup de producteurs améliorent constamment leurs pratiques, à leurs frais ou moyennant des pertes de rentabilité, afin d’utiliser les techniques les plus respectueuses de l’environnement possible tout en protégeant leur entourage ainsi qu’eux-mêmes qui vivent sur ces terres. L’amélioration est toujours possible. Les producteurs demandent simplement de ne pas être les seuls à payer pour des changements qui bénéficient à toute la société.

Sur ce, visitez boeufquebec.com pour trouver un producteur qui vend ses produits près de chez vous. En Estrie, plusieurs boucheries et épiciers en offrent également, réclamez-le! Bonne saison du BBQ!

François Bourassa, producteur laitier et acéricole de Valcourt, président de la Fédération de l’UPA-Estrie et André Tessier, producteur de bovins de boucherie de Wotton, président des Producteurs de bovins de l’Estrie