Michel Brien - Vice-président de la Fédération de l’UPA-Estrie
Michel Brien
Vice-président de la Fédération de l’UPA-Estrie

Éditorial paru dans le bulletin Solidarité agricole de février 2020

Au cours du dernier siècle, l’agriculture a connu des changements sans précédent. Ces changements ont été apportés en grande partie par le développement de nouvelles technologies, mais également par l’ouverture graduelle des marchés et la demande croissante pour des denrées agricoles en provenance de partout dans le monde. Chaque nouveauté a amené des transformations majeures à notre façon de produire. Il fallait constamment produire davantage et à coût moindre afin de demeurer compétitif sur les marchés.

Dans ce contexte, les producteurs et les productrices n’ont eu d’autre choix que de s’adapter, au risque d’être rapidement dépassés. Cette adaptation a nécessité des investissements constants de la part des entrepreneurs, à un point tel que le niveau d’endettement a beaucoup augmenté au cours des vingt dernières années. Si on ajoute à cela les marges bénéficiaires en baisse et l’augmentation de la charge de travail (sans compter la charge mentale…), le tableau est plutôt déprimant.

C’est dans cette position inconfortable que l’agriculture doit maintenant affronter un nouveau défi : s’adapter aux changements climatiques en cours.

Remarquez au passage que le secteur agricole a escamoté le volet réduction des GES pour passer subitement à l’adaptation. C’est parce que les effets des changements climatiques se font déjà sentir. Sans vouloir être alarmiste, disons que le temps presse. La tâche sera d’autant plus ardue que nous ne contrôlons pas l’ensemble des paramètres. Dans le passé, nous avons toujours su nous accommoder d’une météo parfois capricieuse, mais aucune nouvelle technologie ou entente commerciale ne pourra pallier les dérèglements climatiques.

L’adaptation devra se faire directement sur nos fermes : modifications des pratiques culturales, choix de cultivars adaptés, modifications des bâtiments, etc. Les risques de voir davantage de ravageurs sont bien réels au même moment où on nous demande de réduire l’utilisation des pesticides.

Est-ce que le développement technique et le transfert des connaissances nécessaires seront assez rapides? Est-ce que les entrepreneurs recevront le support financier adéquat de la part de l’État? Pendant ce temps, le prix des aliments monte contrairement à celui payé au producteur et les consommateurs achètent des produits importés ne respectant pas les mêmes normes.

Michel Brien
Producteur laitier et de foin de commerce à Racine
Vice-président de la Fédération de l’UPA-Estrie