Michel Brien - Vice-président de la Fédération de l’UPA-Estrie
Michel Brien
Vice-président de la Fédération de l’UPA-Estrie

Éditorial paru dans le bulletin Solidarité agricole de décembre 2020

Lors de notre récent congrès général, l’UPA dévoilait le contrat social, fruit du Dialogue sur l’autonomie alimentaire ayant mobilisé des producteurs agricoles et des citoyens cet automne. Pour le groupe de réflexion, mené par l’Institut du Nouveau Monde, l’autonomie alimentaire est un projet de société basé sur des valeurs comme le respect de l’environnement, l’équité, l’accessibilité, etc.

Comment ne pas faire le lien avec l’actualité agroenvironnementale de l’automne?

L’UPA a commenté il y a quelques mois deux rapports sur les quantités de pesticides retrouvées dans les fruits et légumes frais ainsi que dans différents cours d’eau en milieu agricole. Dans le 1er rapport, on apprend que le taux de conformité aux normes des fruits et légumes frais est proche de 100 % tant en culture conventionnelle que biologique et qu’il est supérieur aux produits importés.

Le 2e rapport fait le constat d’une réduction importante de la fréquence des dépassements des limites pour plusieurs pesticides; sauf pour les néonicotinoïdes, puisque beaucoup trop d’échantillons ont dépassé le critère de vie aquatique chronique.

Nous savons maintenant que les semences enrobées aux insecticides ne sont utiles que dans 5 % des champs (MAPAQ 2011-2019). Actuellement, les néonicotinoïdes ont été remplacés par des insecticides de type diamides, qui présentent des risques considérables pour la santé et l’environnement. On a changé de produit, mais pas de méthode! Le travail d’amélioration est donc loin d’être terminé.

Pour nous aider à y arriver, le MAPAQ dévoilait dernièrement son Plan d’agriculture durable 2020-2030. Le plan vise à accélérer l’adoption de pratiques agroenvironnementales et prévoit 125 M$ sur 5 ans. De cette somme, 70 M$ seront consacrés à la reconnaissance des efforts déployés et des pratiques mises en place par les producteurs agricoles.

Les nouvelles des dernières semaines ont pointé du doigt les données utilisées ainsi que les objectifs de réduction fixés par le gouvernement (ventes de pesticides non représentatives, objectifs déjà atteints, etc.) mettant à mal la confiance du public envers nos pratiques. La meilleure façon d’évaluer l’utilisation des pesticides serait plutôt d’en mesurer la concentration dans les cours d’eau et les aliments.

Les enjeux liés aux pesticides sont multiples : déclin des pollinisateurs, compétitivité, opinion publique. À cela viennent s’ajouter les changements climatiques qui viendront inévitablement modifier la biologie des insectes, des champignons et des végétaux.

Continuons à travailler ensemble afin que les producteurs et les productrices agricoles poursuivent dignement leur mission de nourrir le monde.

Michel Brien
Producteur laitier et de foin de commerce à Racine
Vice-président de la Fédération de l’UPA-Estrie